25.12.2008

SECOND MUSIC

atom-with-electrons.gifLES BERMUDES


podcast

ED MOMIE ©

Enregistré au Momie Studio/Arles 2008

01.12.2008

OH MY BOTS !!!

a_bettik_4.jpgelmer_et_elsie.jpga_bettik_1.jpg

27.10.2008

H.P.

" Je marche au milieu de dormeurs dans des sarcophages de gaze.

Les veilleuses rouges sont des lunes plates. Elles sont ternes de sang.

Je suis le soleil, dans ma blouse blanche,

Des visages blèmes, aux yeux murés par les drogues,

me suivent comme des fleurs."


Sylvia Plath, in Arbres d'hivers

folle.jpg

 

Nous ne serons plus jamais les mêmes. Nous n'avons plus aucuns souvenirs, toute genèse effacée. Un lacis de cicatrices, un bouchon de comprimés dans l'oesophage, tout ceci n'est que la partie visible de l'iceberg, le lyrisme Delta Charlie Delta, la poésie de seconde zone et les thèses de secondes mains qui font le sel des "histoires vécues" à la devanture des librairies.

Mais il est temps que je parles, que j’accumule les images, que la maïeutique fasse son oeuvre de charité, pour une fois et cette fois seulement. Hantez, hantez, faites comme chez vous, restez…

 

 

 

 

Septembre 2008.

J'ai vu. Avec fiché dans le bras l'alibi du trop tard, du trop peu, du trop faible. Vaste foutaises.

J'ai vu. Le souffle acharné des survivants de nos petites morts. Amaury, Julie, Juliette, Delphine et les autres. Et les kapos de l'empêche vivre, l'empêche jouir, qui tentent à grands coups de drogues normatives et de lendemains qui déchantent de nous remettre sur la route.

Mais il est trop tard. La secousse de l'acte est déjà imprimée dans nos corps en bourgeons mal déliés, dans des sourires déjà effacés avant même d'éclore, et la petite Julie enlace ses membres fragiles de ses deux mains qui se ferment en poing serrés. Elle songe déjà à son prochain saut dans le néant. Nous sommes comme du vif argent, et nous avons appris à mentir, à nous taire, à simuler la vox guérison pour que les kapos nous relâchent. Nos pommettes sont éclaboussées par la cendre d'argent du cosmos, nous sommes prêts.

N'allez pas nous apprendre à vivre, à nous qui avons eu l'immense courage de mourir.

De l'autre côté du miroir, Alice ferme dans les plis de sa robe une poignée de jonquilles fanées. Le lapin blanc est sur la broche, Alice se sait sur la brèche, et crispe les paupières pour se préparer à l'impact.

J'étais assise aux cotés d'Amaury, que j'appelle désormais Alev. Nos souffles en buée blanche douce comme neige, nous paraissons à peine la moitié de notre âge. Il est vrai que nous avons choisit de quitter notre siècle. Progéniture devenue par la force des choses d'un autre temps, nous rédigeons en silence nos testaments sur les ruines du temple, loin de la vibrante et ridicule érection du nouveau monde. Les limbes, Alev, les limbes...

Le peu de souvenirs...

1 er Août 2008.

Mes frères se préparaient à prendre la route 66. Mes petits hommes aimaient sous d'autres latitudes. Moi, j'avais le dollar de Matilda en poche, l'Auryn arrimée autour du coup, le sel d'Ogre soufflé au creux de l'épaule, quand il m'embrassait encore lorsque j'avais du chagrin...

Entre parenthèse, c'est ton absence qui se creuse à chaque levée de soleil. Mon début d'hiver passé à te chercher, où chaque seconde est une poignée de terre.

J’ai mal de ton silence, Ogre. Je fourrage encore en rêve dans la masse de tes cheveux, mon nez contre ta poitrine, toi que j’ai cru capable de me sauver du pire, mon frère d’arme…« pourquoi si dur ? », dit le charbon, et le diamant de répondre « pourquoi si tendre ? »

Donc, dans la petite antre creusée dans le gris parisien, j'ai tiré les rideaux. J'ai ôté ma ceinture, et je me suis lovée dans une couette nimbée de poussière. Le ghost de notre bonheur perdu, toi que je ne nomme pas puisque tu m'a trahie, violée, enfoncée dans la fange alors que je ne savais plus me battre. D'ailleurs, je ne serais plus jamais capable d'aimer. A la place, mes antennes enregistreront, le temps qui me reste, les moindres variations dans les rapports de force...mais peut être est-ce cela que l'on appelle "amour " ?

Et puis

15 août 2008.

Il y a eu cet antre de Dante, réincarné dans les odeurs de pisse rance et d’acide trans3méthyl2hexénoique. Souvenez-vous en, c’est l’odeur de la schizophrénie. Ce pyjama bleu que je devais tenir à la taille tant il était grand. Et je pleurais, terrifiée, tandis que les âmes mortes déambulaient dans les couloirs, les pieds enveloppés de chaussettes en plastiques. On m’a ôté mes vêtements, mes livres. Il y avait des meurtrières devant chaque cellule, petites ménageries de verre par lesquelles les kapos de nuit brandissaient les faisceaux de leurs lampes torches. Et je hurlais de peur dans mon mauvais sommeil.

Chaque matin, chaque soir, la lente procession vers un homme noir qui nous délivrait des doses de cheval. Je ne vivais plus, et abrutie comme je l’étais, je ne pouvais plus penser à survivre. Les jours et les nuits se sont fondues en un bloc. J’avais voulut le ciel, on m’a donné l’enfer.

Et tu étais là, Arno. Tu m’as parlé, tu as tenté de me ramener au monde des vivants, tu étais le dernier vivant de ma route. Les autres, ils avaient depuis longtemps cessé de venir.

Tu m’as apporté de la musique. Du papier, pour écrire. Je ne pouvais pas écrire, tu te souviens ? Je tremblais de tous mes membres, et j’avais cessé de parler.

J’écoutais le souffle des fous dans le huit clos, les 50 m2 de notre fange quotidienne. Je ne quittais pas mon lit, et tu venais, Arno, tu m’encourageais à me lever, pour aller nulle part, certes, mais pour mettre un pied devant l’autre, même si faible comme je l’étais j’en étais presque incapable.

Je les revois, ces fous. Je revois cette fille enceinte jusqu’aux yeux qui écrivait des Notre Père sur des feuilles volantes, je revois cet homme désarticulé qui hurlait, la bave aux lèvres, je revois ce jeune schizophrène au sourire hideusement figé, je ne sais comment vous les décrire, tout ceci n’est qu’une accumulation de poncifs…

Ma mère est venue me chercher, elle a fondu en larmes quand elle m’a vue. Elle m’a traînée/portée comme une mère son petit, et m’a ramenée à la maison. Une maison qui n’était pas la mienne, qui ne l’a jamais été, mais quelle importance puisque j’étais morte.

Mon père, ensuite. Mon vieux père, qui dans sa toute impuissance avait scellé d’un fax mon internement, cette plaie qui aujourd’hui me réveille encore, mon père a veillé sur moi durant trois jours et trois nuits.

A ce jour, je ne suis pas encore au monde, pour peu que je l’ai été. Le fer dans la plaie, un coup porté à la tempe, et l’immense sentiment d’abandon que je ressens encore comme une brûlure cruelle, même en ces temps de renaissance.

Octobre 2008.

Je suis revenue sur mes pas. Dans des lieux hantés par des souvenirs posthumes. A toi, Phillipine, à toi.

Les yeux au ciel
Les nuages blancs dans le bleu parfait
Nulle trace de dieu au ciel
Ces nuages lents dans le bleu défait

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en hiver passés à t'oublier
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un sanglot
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

Je jette au ciel
Ces galets polis
Que tu peignais en vert
Mais nulle reponse du ciel
Nul ricochet sur cette mer a l'envers

Le soleil inonde le ciel
Mes jours en enfer passés a t'enterrer
Où chaque seconde est une poignée de terre
Où chaque minute
Est un caveau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

J'éspère qu'au ciel
Des diables malins coupent au anges leurs ailes
Pour que tu retombes du ciel
Dans mes bras ouverts
Cadeau providenciel

Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque seconde est une poignée de terre
Mais chaque minute
Est un tombeau
Vois comme je lutte
Vois ce que je perds
En sang et en eau
En sang et en eau

 

Et puis il y a toi, Adrien, toi dont j’avais oublié l’essence, et ce serait presque comme un baume si telle plaie pouvait être pansée…

 

13:14 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dante, texte